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 Quête éperdue

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MessageSujet: Quête éperdue   Sam 3 Nov - 17:13

[Libre]

Où est-il....?!
Où est son bel amant...
Elle voudrait l'appeler, hurler son nom tel un écho, une plainte glissant avec sa silhouette à travers les brumes... Mais elle le murmure, comme une incantation qui pourrait la sauver, comme une psalmodie, un chant grégorien entonné par le serpent qui siffle, se tord, s'enroule et s'empêtre dans ses propres anneaux... Impuissante, elle n'a pas même la force de crier. Elle voudrait se débattre, griffer, gronder et mordre, mais elle est tellement à l'étroit, étriquée dans la cage de verre qui lui sert de corps... Où est-il? Toute son âme ne tend qu'à rejoindre la sienne, son paradis perdu et son purgatoire... Ne le ressent-il pas...? Ne ressent-il donc pas, si profondément, si viscéralement... qu'elle a besoin de lui, enfouir sa tête dans la chaleur de ses bras, contre ce torse frêle et glabre, humer et respirer son odeur, s'y fondre comme une particule d'air dans l'atmosphère...? Ils ne peuvent pas se donner des rendez-vous, ce serait trop dangereux, trop risqué, on pourrait les surprendre, les espionner... alors ils se cherchent au hasard des routes, par-delà les vallons enneigés et les brumes, par-delà les dangers et les rangs ennemis pour retrouver l'un au contact de l'autre ce pays de soleil qu'ils ont abandonné.

Il devrait pourtant le savoir... Que cette solitude la glace, que les ombres auraient pu composer une famille compréhensive, qui sans poser de questions comprend quelle nostalgie plane sur son existence, quelle mélancolie voile sa vermeille prunelle... Mais à présent qu'il est là, ce morne univers n'existe pas... Damné arc-en-ciel, tu fais tout paraître fade à côté de ton éclat... pourquoi es-tu revenu illuminer mes jours...? Ne pouvais-tu pas me laisser en paix, recroquevillée au sein de cette douleur qui me ronge...? Je te hais... je t'aime... Je veux t'oublier, je ne suis qu'une brume dans les brumes... Mais une brume ne semble-t-elle pas plus belle lorsque l'illusion générée par la pluie et les rais lumineux lui prête un peu de ses couleurs, lorsque Hélios et Ouranos égrènent un peu de leur splendeur sur ses mourrants contours grisâtres et nuageux...? Pitié, assez! Je veux un peu de paix, je veux cesser de penser... Je veux t'oublier, m'oublier dans ton étreinte, me diluer dans tes baisers comme une source que tu intègrerais à ton corps et hydraterait tes membres meurtris... Où es-tu mon aimé, ma némésis adorée...?
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Tabissa
Pierrot the Clown - hystérique, moua?!
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Dim 4 Nov - 19:49

Elle titube, écrasée par un fardeau invisible. Le désespoir est lourd, et quand s’emmêle la peur, les membres traîtres se figent et s’enracinent. Ses jambes sont lourdes, trop lourdes... C'est épuisant de fuir, toujours fuir... Une Ombre à bout, c'est étrange. Elle souhaite mourir, et pourtant elle ne peut se résoudre à attendre que la Mort ne vienne la prendre. Ce fut dur à admettre... elle a besoin des autres. Pour ne pas succomber, pour pouvoir supporter ce regard... Les deux grands yeux rouges des bêtes la hantent, cauchemar permanent qui se cale dans un coin de son champ de vision et ne cesse de le harceler. Les paupières noirâtres se plissent et les deux iris rouges la transpercent. Lèchent les plaies béantes qui strient son âme, les déchirent un peu plus…
Un cri aigu fend l’air gelé, le froid l’étouffe et le réduit à néant. Le vent hurle dans les oreilles de l’Ombre. Illusion ou réalité, elle ne sait.
Elle veut juste… insuffler un peu de son désespoir à un humain. Mais leur vue la révulse, le simple fait qu’ils existent est une abomination. Il faut les anéantir, les astreindre à se haïr… Que elle, l’Ombre errante les asservisse… Pour qu’entre eux ils se détruisent, répandent leur propre sang en y prenant du plaisir…


* Supplicier leur âme,
Déchiqueter leur âme,
Absorber leur espoir,
Détruire leur espoir,
Les mépriser,
Les haïr,
Les affaiblir,
Les torturer,
Les annihiler*


Tabissa récite ceci dans sa tête comme un poème. Elle veut juste leur insuffler un peu de son désespoir… Les écouter souffrir et blêmir… Se délecter de leur regard implorant, regarder se tordre de douleur leur espoir. Saisir les derniers instants de la petite flamme qui brûle en eux. Jouir de cet instant avant que ne renaisse des cendres ce désir absurde de survivre. Où le puisent-ils ? Croient-ils vraiment que quelqu’un veille sur leur corps endormi ? Sont-ils fous ? Mais ces questions, même au bout de soixante trois ans restent en suspend. C’est ancré en eux…Quelle ironie ! Ils craignent la douleur mais en désirant vivre, ne la recherchent-ils pas ? La souffrance n’est-elle pas l’un des deux sentiments sur lesquels réside l’équilibre ?
Elle est l’incarnation du mal, comme l’amour est l’incarnation du bien…
« S’il y a dans le monde trop de sens incontestable (le pouvoir des anges), l’homme succombe sous son poids. Si le monde perd tout son sens (le règne des diables, on ne peut pas vivre non plus. »
Alors ils ne peuvent prétendre ne pas connaître la douleur, et s’ils la haïssent tant pourquoi la supportent-ils, pourquoi vivent-ils ? Du moins, cherchent-ils à vivre…

Un sourire sans joie se dessine sur les lèvres de Tabissa, si elle ne peut ôter tout l’espoir qui réside dans chaque âme. Elle peut au moins faire en sorte qu’une sensation de malaise demeure. Un bruit de craquement arracha l’Ombre à ses pensées, elle avait posé un pied sur la rivière glacée. C’est à cet instant qu’elle aperçut l’autre Ombre en face d’elle. Elle pencha la tête légèrement de côté tentant de voir à travers la mèche de cheveux qui cachait une partie du visage de la créature. Tabissa avait pris la fâcheuse habitude de regarder les gens en penchant la tête, elle ressemblait alors à un animal effarouché, tout ce qu’il y a de plus inoffensif…Elle s’approcha silencieusement. Combien de temps… Depuis combien de temps n’avait-elle pas vu une Ombre ?

Elle avait choisi de se mêler aux autres, cette décision elle l’avait maintes fois remise en question. Il n’était plus tant de revenir en arrière, mais elle était effrayée. La trahison…
Elle ne lui avait pas encore parlé, mais déjà elle craignait d’être rejetée, trahie. Elle se détourna, elle tremblait… De froid, de peur ? Elle réalisa alors qu’elle ne voulait pas voir d’Ombres, elle préférait encore être confrontée à des humains. Cependant elle n’y couperait pas… Alors maintenant ou plus tard, quelle importance ? Elle posa une main sur l’épaule de la femme qui semblait perdue dans ses pensées.
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Dim 4 Nov - 21:01

L'espoir...
Il est là, insupportable, il la déchire. Elle se retourne, elle pense que c'est lui, son âme, lui sa vie... Ses yeux, rouges, rouges comme le sang qui pare si souvent le blanc manteau de la vallée, ce sang qui la glace alors qu'elle craint sans cesse pour Lui plus que pour elle... Ses yeux se posent sur une femme. Elle est belle, elle, c'est une véritable femme, malgré son regard qui... l'attriste? Un regard voilé, un regard d'Ombre... Elle n'en veut plus de cette famille, et pourtant Dieu sait qu'elle est bien à la bonne place... Ses vieilles peurs remontent... et s'Il arrivait? S'Il la voyait...? Voudrait-il toujours d'elle, de son visage androgyne et de son corps d'enfant...? En aurait-il le temps seulement, face à un ennemi, face à un prédateur...? Ne viens pas... Elle a besoin de lui, la chaleur de ses bras plus que tout en cet instant où cette dame de neige lui fait face et renvoie à ses propres prunelles le malheur qu'elles partagent sans le vouloir... Mais il ne faut pas qu'Il vienne.


"Mademoiselle...?"

Une surprise circonspecte aux relents de défiance, une habituelle méfiance... Mais est-ce vraiment décelable sous ce vernis de politesse dont elle se sert pour mieux se cacher...? Des paroles banales, des réactions normales, une personnalité commune qui se fond et que l'on ne remarque ni ne retient... Il faut passer inaperçu, ne pas attirer l'attention, surtout ceux de ses congénères... Il ne faut pas qu'ils s'avisent de la suivre, l'épier... la traquer. Elle n'est rien, juste un galet de plus recouvert par le murmure chantant de l'onde rêveuse, pas même une silhouette que l'on distingue sur cette triste plage... elle voudrait disparaître, devenir invisible, intangible, mais il ne faut pas éveiller les soupçons. Elle se contient, elle fixe son interlocutrice... elle ne la connaît pas, elle ne l'a jamais vue, mais elle n'a jamais cherché à connaître qui que ce soit ici, bien au contraire même...

Oh, comme ce désespoir qui suinte et transparaît à travers leur enveloppe qui n'ont sans doute en commun que leur pâleur... Ce désespoir est tellement poignant, tellement troublant. C'est une soeur de douleur, une soeur de malheur, mais au lieu de s'entraider, elle voudrait la fuir, continuer de faire vivre ce qui reste de sa part d'humanité décharnée... Juste un peu... Un tout petit peu...
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Tabissa
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Lun 5 Nov - 2:02

La jeune femme se retourne, déouvrant un visage émacié que la douleur a fortement marqué. Immédiatement Tabissa se noie dans le regard de l’Ombre. L’idée fugitive qu’elle soit face son propre reflet la traverse, puis disparaît dans les méandres de son esprit. Leurs prunelles dissimulent les mêmes tourments, le même désespoir. Les yeux de l’Ombre se posent sur le sol, non, elle ne peut supporter d’être sondée, observée. Elle préfère reporter son attention sur la rivière gelée. Elle aimerait voir l’eau qui coule, bouillonne, se cabre sous la glace. Elle se revoit enfant, le nez et les mains collés contre la fenêtre, regardant inlassablement la pluie tomber ; des milliards de gouttes s’écrasant sur le sol. Elle souffle doucement, déposant de la buée sur le verre… Une voix lui chuchote à l’oreille : Dieu habite la pluie.

« Dieu habite la pluie »

Un léger murmure qui résonne malgré tout clairement dans le silence. Ici ces mots n’ont plus aucun sens… La neige peut glacer les os, mais jamais eau ne ruissellera sur la peau. Nulle présence divine en ces lieux glacials… Elle a oublié la chaleur étouffante de l’orage qui se prépare, la menace des nuages noirs, le ciel qui semble se refermer comme un piège… Puis soudain tout explose, les éclairs déchirent les nuages dans un roulement de tambour effroyable. Le ciel cède et des trombes d’eau se déversent sur la Terre. En l’espace de quelques instants l’air fraîchit, Tabissa sortait toujours au moment où le ciel s’ouvre. Pour sentir les premières gouttes d’eau sur sa peau, et frissonner quand quelques secondes plus tôt elle suffoquait presque. Mais tout cela, elle l’a oublié. Le seul paysage qu’elle connaît à présent, c’est l’étendue blanche immense qui s’étend du ciel à la terre. L’hiver infini et chacune des choses semblant être figée éternellement. Pas de ciel mouvant, ni de noirceur, seules les âmes ont cette capacité en cet endroit. Jamais de sensation d’étouffement, toujours ce froid lancinant…

Les mots s’étranglent dans la gorge de Tabissa, elle ne sait que dire à cet ombre, puisqu’elle a la sensation que chaque mot qu’elle prononcera, l’Ombre les aura déjà pensé. Elle avait plus que tout besoin de parler de son désespoir, de ses craintes. Mais ceci lui apparaît maintenant futile. Elle se sent désarmée, aussi faible qu’un enfant. Elle ressent le désir insurmontable d'être prise par la main, guidée pour toujours. Etre protégée par un amour maternelle véritable, plus de faux semblants... Plus de "je t'aime" hésitants auxquels succèdent l'abandon et la trahison. L’image de Mary la traverse comme un éclair, elle sent qu’aujourd’hui elle la comprend. Que ses yeux sont maintenant les siens, pourtant sa rancœur ne s’estompe pas, au contraire. Ces sentiments auraient dû la faire Ombre, mais pas Chimère ! Son amertume et sa colère la renvoient brusquement à la réalité.
Elle lève les yeux et consent enfin à desserrer les dents.


« Je m’appelle T-Mary… »

Pourquoi ? Elle n’en sait rien… Le temps a peu à peu effacé la serveuse automate. L’Ombre ne conserve aucune trace de la vie passée de l’humaine. Son visage a toujours été un masque, son comportement un rôle. Il était tant de jouer le personnage de l’Ombre Mary. L’Ombre Tabissa en restant seule s’était pliée aux désirs de l’humaine, en choisissant de rechercher la compagnie, Mary allait à l’encontre des principes de Tabissa. Cependant Tabissa serait toujours là, seul le pseudonyme changet, un changement bien superficiel semble-t-il. Une manière aussi de tirer un trait sur la Chimère, l’enfant traîtresse, de l’enfermer en elle, là d’où elle ne pourrait jamais s’échapper. La jeune femme près d’elle semblait aussi marginale qu’elle, finalement elle n’était peut-être pas mal tombée. Elle semblait en tout cas peu encline aux bavardages…

« Ca fait pas mal de temps… Plutôt très longtemps que je me suis coupée des autres Ombres. Je me suis tenu à l’écart pour diverses raisons. Et j’ai choisi de revenir, parce que… les bêtes ne se tiennent plus tranquilles. Il y a je suppose une raison à cela ? »

Sa voix est faible et hésitante. C’est plus compliqué qu’elle ne le pensait d’avoir une conversation après tant de temps. Difficile de ne pas écorcher les mots, il faut parler avec lenteur et articuler. Comme réapprendre à parler…Ce que ressent Tabissa est difficilement descriptible, un mélange d’excitation : être obligée d’être en contact avec des gens, faire attention à ce que l’on dit. Un peu de peur aussi et toujours ce désespoir auquel on ne s’habitue jamais…
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Lun 5 Nov - 23:22

[Je vous rejoins mes dames, en espérant ne pas jouer les troubles fêtes]

Onénorelle était là, toute proche.

A quelques pas seulement des deux ombres, un jeune humain entrait en scène. Emmitouflé dans un trop large manteau en peau de bête, Démétrius, visage pale, observait presque incrédule l’apparition de cet être aimé, obscur feu follet.
Depuis son arrivée en ces terres, à chaque fois qu’il la rencontrait, toujours son premier réflexe était de se demander :
*Est-ce bien elle ? Ce visage, ces yeux, ce corps, harmonieuse forme, est- tu mirage ou réalité ? * Mais peut être, plus justement, peut être était-ce tout simplement ce monde entier qui se fardait du mensonge ? Car Jamais Hollow Dream ne semblait si irréel, si impossible, si insignifiant, que lorsque Démétrius croisait le regard de son Onénoril.

Immobile, malmené par le vent glacial, il ne songeait même pas au danger et pourtant il savait qu’il fallait se méfier des ombres mais le bonheur de la revoir était plus grand, plus fort. La surprise passée, la joie de la revoir consumée, le rockeur angélique ne rompit pas le silence pour autant. A la fois songeur et quelque peu troublé, il se mordit la lèvre inférieure tandis que son regard glissait sur la silhouette à ses cotés. Observer, déduire. Mais que pouvait on deviner en sondant l’intangible ? Toutes les ombres seraient donc les mêmes ? Non, certes non, la preuve flagrante étant qu’il n’en aimait qu’une seule parmi tant d’autres.

De la tristesse mais ça c’était évident. Toutes les ombres qu’il avait rencontré, ou plutôt devrais-je dire plus justement, qu’il avait observé de loin, avaient ce point commun et celle-ci n’échappait pas à la règle. L’espace d’un instant, Démétrius frissonna lorsque son regard croisa celui de la femme aux yeux d’un bleu délavé. Il n’osait pas bouger, pas avant de savoir quelles seraient ses intentions mais quoi qu’il en soit, au fond, il se préparait déjà au pire.


-Mes dames je vous salue…

Sa voix rauque retentit soudain, fendant les airs, à la fois chaude et harmonieuse. Quelques secondes s’écoulèrent, très peu, puis il ajouta avec son flegme peu commun :

-Ah, quel temps ! (Soupire) Seul un fou oserait se lancer dans une promenade…Remarquez, à attendre une météo plus clémente on finirait tout bonnement par rester cloîtré chez soi éternellement. Plutôt lassant je l’avoue.

Son ton était caustique, plutôt ironique. Il ne souriait pas, au contraire, ses sourcils légèrement froncés dénotaient une certaine tension.
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Tabissa
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Mar 6 Nov - 16:29

Tabissa attendait la réponse de l’Ombre, les yeux toujours fixés sur la rivière gelée. Elle examinait minutieusement les irrégularités de la glace en écoutant le bruissement des feuilles de la forêt. Un bruit aisément identifiable vint alors troubler la mélodie de la frondaison. Quelqu’un approchait, la neige gémissait doucement à chaque pas. Peut-être était-ce une illusion ? Tabissa imaginait les flocons suppliciés se casser sous le poids de la personne. Elle se retourna et considéra avec une curiosité non dissimulée celui qui tourmentait les cristaux blancs. Elle pencha la tête légèrement de côté. Il se tenait immobile à quelques pas des deux ombres, paraissant gringalet et fragile sous son manteau trop grand.
Quel humain pouvait bien être assez fou pour s’aventurer seul dans la vallée, et se risquer à s’approcher si près de deux ombres. Tabissa s’attendait à tout moment à le voir détaler, les yeux emplis de peur, le cœur battant à tout rompre. Mais il restait immobile, frissonnant, il semblait attendre qu’onl’invite à s’approcher.


Tabissa sursauta lorsqu’elle vit ses lèvres remuer, puis elle ne put s’empêcher de sourire lorsque les paroles parvinrent à ses oreilles. Ses lèvres pâles se retroussèrent, l’apparition soudaine du jeune homme mit un peu de gaieté dans son cœur. Venait-il de sombrer dans le coma, dans ce cas n’aurait-il pas dû apparaître dans la clairière ? Elle ferma les yeux lorsque la voix chaude et détachée retentit de nouveau. Elle l’écouta s’éteindre, cherchant à peine à comprendre ce qu’il disait. Il s’adressait à elles comme s’ils étaient tous trois des connaissances de longue date. Ce jeune homme était décidément bien inconscient. Elle s’approcha doucement et le contourna, en profitant pour lui glisser à l’oreille quelques mots. Sa voix était douce, elle s’appliqua à ce qu’il sente son souffle glacial dans sa nuque.

« Serais-tu ce fou ?
Le froid aurait-il engourdi ta prudence,
La vallée vient-elle d’accoucher de toi ?
N’as-tu pas conscience du danger qui rôde autour de toi comme un loup affamé ? »


La timidité presque touchante qui l’habitait quelques secondes plus tôt s’était évaporée. La flamme qui brûlait à l’intérieur du jeune homme semblait s’être avivée à la vue de l’autre Ombre. Le halot de chaleur qui couvait en lui semblait inextinguible. Le temps où l’espoir couvait pareillement dans le cœur de Tabissa était à présent lointain. La glace avait remplacé le feu, l’abattement l’espoir…
Il n’y avait aucun doute possible, l’humain arrivait tout juste. La vallée n’avait pas encore entamé la lente détérioration de ses espoirs. Pourtant ses sourcils arqués, ses muscles tendus semblaient montrer une certaine appréhension. Alors pourquoi était-il là, pourquoi ne fuyait-il pas ? Etait-ce le courage du fou qui se sait perdu mais refuse de se battre ? Non…

Il n’était pas non plus sur le point de se métamorphoser en Ombre, à l’inverse, l’espoir qu’il abritait était encore ardent. Quant à l’autre ombre ? Resterait-elle immobile, ne profiterait-elle pas de la vulnérabilité de l’homme ? Elle se glissa à nouveau près de l’homme, frôlant son oreille, elle tournait autour de lui comme un vautour autour de sa proie.


« C’est vrai…
Ici l’hiver est éternel…
Le froid transperce nos corps comme des milliers d’aiguilles,
Alors qu’est ce qui a bien pu te pousser à t’aventurer jusqu’ici ? »
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Mar 6 Nov - 18:11

"Mary!"

La voix est tranchante, glaciale, comme un dard qui se fiche dans le coeur et le transperce. Ah, comme elle tremble de le voir, si fou, si imprudent... Pourquoi s'est-il approché malgré le danger...? Sera-t-elle celle qui causera sa perte? Oh, comme elle voudrait courir vers lui, l'embrasser, l'enlacer... Mais ce n'est point possible... à cause d'elle. Son coeur au désespoir semble asphyxier dans sa cage-thoracique trop étroite, griffe impuissant contre les parois de ce sentiment qui l'enserre, fort, si fort... au point de lui faire mal. Tout cela est sa faute à elle... à elle, à toutes les ombres, toutes les créatures qui au lieu de s'unir pour essayer de s'en sortir préfèrent s'entre-détruire... Tout est la faute à cette vallée. La haine soudain la consumme, intense comme le feu qui sublime et éclaire les humains dans sa danse chaleureuse et folle qui attire les siens et attise leur envie. Elle a choisi de revenir a-t-elle dit? Et voilà que cette damnée catin, cette gueuse, cette putain ose tournoyer autour de SON aimé! C'est son brasier qui la consumme, il ne faut pas qu'il s'éteigne... Il ne faut pas qu'on le hante...

Et pourtant, avec cet amour presque impossible, ne l'entraîne-t-elle pas inconsciemment dans son propre tourment, ne l'invite-t-elle pas à la faire à son tour son seul salut, sa raison de vivre...? Non, chasse ces pensées: il s'est déjà sacrifié, c'est par ta faute qu'il est dans cette vallée, alors que tes bras telles deux branches d'arbre enneigées s'élevaient vers le ciel en suppliques muettes et désespérées, se tordaient, torturées, pour finir toujours par retomber car il ne pouvait répondre à tes caresses lointaines... Il lui faut le sauver de cette prédatrice... Elle est bien trop dangereuse, bien trop belle par rapport à elle... Elle n'ose vraiment y croire, à ce portrait idéal qu'Il s'est fait d'elle... Elle craint celle qu'elle devrait considérer comme une alliée mais en un instant est devenue sa rivale.


"Vous disiez vouloir revenir parmi nous... alors veuillez je vous prie respecter la politesse d'usage."

Son regard, tel un sanglant papillon vole à la fleur qui l'ennivre et lui rappelle le parfum de l'inacessible soleil... La passion la dévore, mais ses prunelles laissent transparaître trop de sentiments confus qui dans leur tournoiement se rendent insaisissables. Lui seul sait ce qu'il en est, Mary pourra s'imaginer ce qu'elle veut, lire peut-être de l'envie dans ces vermeilles prunelles, même si ce désir sera bien différent de celui de n'importe quelle autre ombre face à un humain. Bien plus féroce, bien plus fondamental, mais également bien plus beau... Elle fixe ensuite son interlocutrice première et cette voix toujours fluette, toujours si fragile, comme sur le point de se briser, ce timbre qui reflète si bien son enveloppe trop chétive... Ce timbre enrobe de neige et de froideur le contour de ses mots alors qu'il résonne et s'abat comme une grêle, l'annonce de quelque fatalité...

"Si vous vivez depuis longtemps ici, comme vous le déclarez, vous devriez savoir ce qui a créé les Bêtes, ce qui les a poussé à se ruer sur nous et nous détruire... Vous devriez savoir qu'il s'agit de la Vengance de la Vallée. Cette vengeance qui se reflète dans chacun des flocons qui pousse tant d'habitants à préférer rester cloîtrés... Même si cela se révèle à la longue... lassant..."

Le flot de paroles s'est fait plus ténu.. Elle repense à sa propre lassitude, son impression croissante de toujours attendre en vain, qu'Il ne viendra pas, qu'Il ne viendra plus... Cette mélancolie qui a dégénérée et l'a métamorphosée. Mais si elle ne peut plus se battre pour elle, elle se battra pour lui.

Elle voudrait s'approcher, mais elle craint de ne pouvoir se maîtriser, que faire un pas vers cette fine silhouette qu'elle chérit, cet homme qu'elle place au-dessus des autres et a fini par devenir l'Unique, sublime et indispensable... Elle craint qu'un geste, un regard la trahisse, de ne pouvoir dissimuler cette volonté de le protéger et l'éloigner de cette perfide, ce sournois vautour qui plane en cercles toujours plus proches de son corps... Comment ose-t-elle...? C'est Son corps! Ce n'est pas une charogne, il n'y a rien à ronger sur lui, il faut juste l'admirer, le caresser, l'aimer... Il n'agonise pas comme un vulgaire mort au fond d'un charnier enneigé! Elle voudrait voler et arracher son somptueux amant à cette ronde pernicieuse qui se ressere autour de lui et cherche à l'emprisonner, ainsi qu'un ballet de fées qui retient l'humain imprudent ayant cédé à son invitation pour l'éternité... Mais elle reste dressée comme une frêle statue de marbre, si forte et à la fois si fragile, dressée seule contre la fureur des éléments, abandonnée au-dehors...


"Quant aux loups... je ne vous savais pas chimère."

Dernier mot, suprême insulte pour n'importe quelle Ombre. Elles exècrent toutes les chimères, leur violence, leur bestialité... Ces créatures qui manquent cruellement de subtilité. Comment va-t-elle réagir, cette inconnue qui croit orgueilleusement représenter le danger qui rôde...? Il existe des dangers tellement plus grands qu'elle ignore...
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Mirahil
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Mar 6 Nov - 20:31


L’insulte claque blessante, elle ne lui est pas destinée, pourtant Mirahil l’entend. Cela lui fait mal …. Quelques instants puis son cœur cesse de brûler et se gorge de gel comme pour mieux se protéger. Il fallait bien qu’elle s’y attende de toutes façons, et si pour l’instant ceux qui ont croisés sa route ne la jugeait pas trop méchamment, ce n’était juste parce qu’ils étaient, peut-être aussi fou d’elle …


« Les loups … Les loups …
Ombre tu devrais savoir qu’au château trône Vincent.
Ce n’est pas une chimère pourtant …
C’est juste un loup … »


La louve a parlé, sa voix grave est sans fond, cette ombre elle ne la connaît pas, pas encore tout du moins. Le nom de son ancien maître lui a écorché la gorge, brûlant il a retenti dans son âme comme l’un de ses sons de cor quand le bateau s’en va et que l’on ne sait qu’il ne reviendra pas … On espère juste …
Seulement l’espoir n’est plus permis aux ombres …
Il s’en est allée ne laissant que a note désespéré de ce magnifique instrument … Il fait mal ce bruit quand il est dans le cœur de ceux qui quitte un être aimé …
Il fait si mal, il résonne pendant des années …
Et plus encore pour les êtres d’éternités …



La grise s’approche de l’homme déjà, aveugle elle marche sans se soucié du sens, son odorat lui dicte juste ses pas, par habitude il l’approche de la proie.

« Etrange scène que voilà …
Un homme entre trois ombres …
Est-il seulement en danger ? Non je ne le crois pas.
Que l’espoir reste dans ton cœur …»



La grise a senti le malaise de la femme qui déteste les loups, un malaise qu’elle ne connaît que trop, et que Sélène lui apprit a percevoir …. Dans les silences, dans les tensions…
Ne vous y perdez pas : L’aveugle voit …
Mais peut-être n’est-ce que l’une de ces illusions qu’elle s’invente sans cesse, ses rêves qui l’emmènent bien loin du sentir de la raison pour l’amener dans les méandres de sa folie. Seulement il lui a semblé sentir une tension en approchant de l’être d’espoir et surtout un soulagement à la suite de ces mots …
Par précautions elle s’éloigne un peu de l’homme, se rapprochant des femmes.


« Bonjour mes sœurs… »


Il lui semble reconnaître la seconde ombre, ou plutôt elle lui semble familière mais lointaine. Son aveuglement lui empêchant de voir elle préfère ne pas offenser en se trompant …


« Haïssez vous donc les chimères a ce point ? Jusqu’en haïr même les animaux et les loups …
Alors vous me détesterez sûrement ….
C’est inéluctable …
Nous n’avons pas les mêmes rêves …
Mais voyons, voyons gente dame, je ne suis pas venu pour haïr ce qui est il me semble plutôt un sentiment des chimères.
Non je viens en quêtes de quelques renseignements immédiats sur le château …
Savez vous si Vincent Myst et Chléa vont bien ?
Est-ce que vous avez vu dernièrement Sélène ?»



Sans même être sure de les connaître Mirahil leur parlait comme si elle était toujours du château. Inquiète, la grise ne se rendait pas compte que peut-être elle risquais la mort en restant prêt de ses sœurs …
On pardonne rarement à ceux qui s’en vont, traître à leur sang …
On ne pardonne jamais à sa louve de s’en aller …
Son loup, son ancien loup, celui qui plus qu’un maître avait été son guide avait peut-être demandé sa mort …
Peut-être …
Même si pour elle il resterait à jamais son frère de meute …

_________________
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau


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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Mar 6 Nov - 21:48

A monde glacial, sombres créatures. Mais Démétrius s’était fait une raison, le pire s’était déjà abattu sur lui lorsque, de son vivant, il avait perdu son étoile. De plus, il en avait tant vu ces derniers jours…tant de frayeurs en si peu de temps. A présent, s’était comme si son corps et son esprit étaient devenus réfractaires à toute forme de menace : ils ne réagissaient plus.
L’arrivée de la troisième ombre provoqua l’effet attendu, à savoir : faire monter la tension d’un cran dans son corps pétrifié. Cependant, à l’écouter, elle n’était pas dangereuse, ah bon ? A la voir se détourner puis changer de sujet, il y avait de quoi être perplexe, non ? Fallait-il prendre pour argent comptant ce qu’on lui disait ou alors rester sur ses gardes ? Vu la situation peu avantageuse, la question ne se posait même pas d’autant que, jusqu’à nouvel ordre, à choisir là tout de suite, son instinct lui dictait de se préoccuper d’avantage et en priorité de Tabissa l’anguille intangible qui lui ondulait autour.

Inquiétude. Les yeux encore rivés sur Mirahil - ah, Onénorelle la connaît ? – il murmura ces quelques mots à l’attention de la dame, écharpe de brume, cette ombre qui l’entourait.


-L’inconscient fou est amnésique, il a oublié qu’il souffre. Mais le danger rode, je le vois bien. L’hiver est éternel tout comme le loup… et sa faim.

Pensif, son esprit vagabondait à nouveau, incontrôlable. Etaient-elles alliées ? Les ombres pouvaient-elles se lier d’amitié sincère? En étaient-elles encore capables ? Tant de questions et si peu de réponses. Bien sur que ce sujet l’intéressait, évidement ! Onénorelle, tout ce qui la concernait de près ou de loin avait de l’importance, absolument tout. Et puis il fallait bien admettre qu’en l’occurrence, cette question précisément était très pertinente…ne serait-ce que pour déterminer son avenir, son propre sort.

Situation complexe, que faire ? Démétrius se mordit la lèvre à nouveau, seuls ses yeux d’un bleu limpide et chatoyant restaient en mouvement, balayant la scène qui se déroulait devant lui de temps à autre. Intervenir et se trahir par la même occasion ? Certes non, un tel comportement était à proscrire. Ne lui restait plus beaucoup d’options, surtout que depuis l’arrivée de la troisième dame, la situation s’était tintée d’un je ne sais quoi d’innovant, de captivant. Certes le danger était toujours présent et la prudence de mise mais ces propos là ne tombaient pas dans l’oreille d’un sourd et pour un néophyte, il se dit qu’il y avait beaucoup à apprendre à papillonner autour des flammes…Mais le jeu en vaudrait-il la chandelle ?


Dernière édition par le Mar 6 Nov - 23:47, édité 1 fois
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Xarha
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Mar 6 Nov - 23:17


Enlève ta peau, déchire tes os
Vois l’intérieur
Vide
Epars
Mort

Retire ta peau et vois la multitude
De tes péchés
Ton âme
Nue
Morte

Craque tes os et coupe la chair
Accepte l’horreur
Terrible
Seule
Toi

Les veines éclatés et les bouillons de sang sur le corps desséché qui se ride sous le temps Les boyaux noués et les tripes prenantes sous la soie étoffée et la couverture apparente

Sous les os et la chair les vaisseaux et la mer
Et les flots sur la terre et la peau de l’hiver
Et toi éphémère

Abaisse-toi à être ce que tu es.

Qui l’a dit, qui a dit ça ? Qui a dit ça ?
Jacques a dit voyons !
Et quand Jacques a dit on obéit.
Et quand ILS demandent quelque chose elle les contente
ILS la veulent, elle leur donne le vide
Géant
Béant
L’abîme
Elle leur offre la spirale
Et quand ILS veulent les autres
Elle leur offre leur douleur
Leurs regrets
Leur haine pour elle
En récompense ILS lui donnent leur vie pour combler la sienne
Autant le ver que la bête que les spectres
Creusant l’intérieur pour y lover leurs violences

Et Xarha ? Que veut-elle exactement ?
Elle la veut, elle. Son Ange.
Cette pétasse sordide qui manipule et attire sur sa toile : elle veut se pendre sous les pattes de l’araignée, elle veut s’éprendre du visage aux couleurs grises, elle veut voir l’aveugle, et lui dire combien elle regrette, elle regrette tout, lui dire que c’est pour elle qu’elle est encore humaine, pour elle qu’elle reste un monstre qui a pour seule excuse son apparente humanité.

Que c’est elle qu’elle espère quand elle ferme les yeux. Que c’est elle qui l’a punie, à jamais, qui a déchiré les lambeaux de son esprit.
A cause de la Chimère qu’elle aime, cette Chimère qui est…comme elle…
Lui dire qu’ils sont le même être, tous. Le même être séparé, divisé, découpé en infimes parties.
Que c’est pour ça que son vol l’a amené jusque ici, que les montagnes sont déplacées et que la cage est presque brisée…
Lui dire tout, tout sur les vers qui lui mangent dans la tête, sur ces crises qui lui prennent parfois, sur son abandon…
Se taire.
La regarder mourir. Parce qu’elle est morte et elle vivante.
Vivante ! C’est bien ironique !

Est-ce que c’est ça, être en vie ?
L’étroitesse. L’handicap.
Et toujours ce putain d’espoir qui draine le système, qui annule la destruction, qui se fout des lois et des cœurs…

C’est ça, être en vie, c’est ça d’être le chaos à l’état pur, sans limites, sans modération, d’être le feu qui brûle et avale tout dans son gouffre, d’être la perdante éternelle qui croit toujours gagner. C’est moche. Elle aime ça.


- Pétasse ! Mon Ange ! Dis-moi l’aveugle, où te caches-tu mon amour ?

Sa main s’accroche à une branche d’un arbre. Un arbre tordu et noir, la branche se brise, le corps trop maigre le suit.
Elle se roule en boule sur le sol neigeux, sa respiration est sifflante, ses poumons n’en peuvent plus, ses poumons vont craquer. Ses yeux rencontrent le ciel.
Il pleure…

Ses côtes lui font mal, tout lui fait mal, surtout sa tête. Ce qu’il y a dedans. Pourtant elle essaie de les faire taire !
Elle leur crie : « Stop ! Arrêtez ! »
Mais ils sentent le danger, ils sentent l’approche de l’éclaircie dans la tempête, ils voient au loin la vague qui se brise sur la plage, emportant dans son sein leurs sacs d’os trébuchant et sonnant…
Ils voient mais ne peuvent rien faire, elle les enferme comme ça, derrière l’illusion de la grise, de cette Ombre invisible qui danse sous la neige.


• La lumière t’as éteint les yeux, elle a soufflé mon âme en éclairant le vide…J’ai quitté la lumière mon Ange, j’ai fermé les projecteurs…
J’ai tellement fait pour moi…je voulais faire pour toi…Je voulais t’oublier…Je n’y arrive pas.
Ton visage.
Tes lèvres.
Tes yeux morts.
Tes cheveux.
Tu es grise et moi je suis rouge. Et après tout pourquoi pas ?
Pourquoi ne pas te pardonner, pourquoi ne pas abandonner, encore une fois, délaisser ma fierté pour m’abaisser à mon être…

Etre. Je suis toi, je suis lui, je suis le monde et le sang dans vos veines…mégalomane décadente et putride qui aime à sa manière ceux qui l’approchent…*

Ses lèvres ne bougent pas, mais son regard sourit. Il sourit parce qu’il a vu la plus belle chose qui lui soit donné de voir, il sourit parce que c’est comme ça.
Elle se relève, hautaine, méprisante devant les arbres, s’avance, traîne sa carcasse décharnée et serrée à travers la neige, plus loin dans la forêt.
Elle suit l’illusion d’un mirage, elle suit l’appât du chasseur.


Et enfin ses pas font rouler un galet. La pierre dévale, la pierre roule, roule, roule, s’arrête cette petite conne inutile. Méchante, méchante pierre ! A quoi sers-tu si tu ne sais à peine rouler sans cesser de faire la belle ?
Tu mériterais que je te casse, que je te prenne et te lance !

Xarha secoue sa crinière de feu, y passe une main albinos et relève les yeux. Plus loin, elle voit la scène, invitée pas si surprise dans un univers bien connu.
Et hélas la malheureuse inhumaine s’avance, la Rouge s’approche sans prudence, le regard change, se perd, tellement confuse…

Qu’est-ce qu’elle voit ?
Elle voit là des ombres autour d’un humain, des rapaces autour d’un frère dont elle n’a rien à foutre.
Elle voit sa Grise, si belle, si éclatante, aveugle…elle voit une Ombre à la silhouette étroite, tellement étroite, elle pourrait jurer qu’elle l’a fait exprès cette conne, maintenant Xarha n’a plus l’air aussi famélique, elle a l’air presque en bonne santé à côté, et ça elle ne veut pas, elle veut que intérieur petit se reflète sur la moindre chair absente et transpercée par les os, elle veut que ses côtés béantes soient un appel à la plus cruelle des tortures…et puis il y a celle qui tourne autour de sa proie, prête à mordre, serpent perfide, et la proie bien calme et courageuse, gentille proie, gentille, le rôle du gibier ne te convient donc pas ? Que veux-tu espérer ici ? Qu’espère-tu encore abruti ?


Elle pose une main sur l’épaule de la vipère qui tourne autour de la proie. Elle sait que ce n’est pas grave, que le corps sous sa paume pourra devenir intangible dans la seconde qui suit, que l’affront pourra être lavée d’une manière ou d’une autre. Elle n’a pas conscience du danger, le plus grand qu’elle connaisse habite son propre corps.


- L’inconscient fou, croqué par le loup !
Le pauvre amnésique face à l’anorexique !
Et le loup, oh mais je le vois déjà de là où je suis…
Le danger qui rôde n’a pas de visage. Ni celui du loup ni celui de la faim.
Les traits d’une Ombre ne cachent rien aux yeux qui ne voient rien.
Et si je vous dérange, vous m’en voyez souriante, car rien ne me ferait plus plaisir que de me mêler de vos pas de danse. En tant que pouffiasse, je réclame le droit de saboter votre silence et de vous conseiller de laisser l’humain vivre sa mort comme il le doit.
Sans vouloir jouer les putains, je connais plus d’une de vos sœurs et la Bête est mon meilleur tombeau. Je ne me prétends pas violente et n’oserait pas vous menacer, mais je n’aime pas qu’on écorche mes frères sous mes yeux.
Que ça soit dit et su, la Rouge se fait toujours un plaisir de faire connaissance avec de nouvelles âmes damnées. Surtout si elles sont les invitées de ma douce Mirahil…Si je peux me permettre de me joindre à votre petite fête…
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Tabissa
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Mer 7 Nov - 13:02

« La politesse d’usage »

Tabissa tourne doucement la tête vers l’Ombre décharné. Revenir parmi eux... Le voulait-elle, en était-elle capable ? Il semble que ce n’était ’encore un rêve qui se profile au loin et se dissolve pour tout à fait disparaître lorsque enfin on est proche de le toucher. Une douce illusion qui lui a donné le courage de ne pas succomber aux bêtes, qui a donné de la force à ses jambes pour qu’elles puissent fuir vers des lieux plus propices. Aurait-elle effleuré une corde sensible ? Etrange ombre que voilà, protectrice des humains… Ou bien seulement de celui qu’elle a sous les yeux. Un fil ténu et transparent les relie. Et cette flamme qui brûle en l’homme brûle aussi en l’Ombre. Seulement, ce feu ne dégage aucune chaleur, amour désespéré… Cause de sa perte sans doute, l’idiote ! L’idiote ! Elle a sombré dans le désespoir et l’amertume alors que quelqu’un lui tendait la main… Se donnait à elle, et lui promettait de faire de son amour un bouclier invincible. L’aimer d’un amour qui renaît toujours de ses cendres, ne se consume jamais tout entier….

"Quant aux loups... je ne vous savais pas chimère."

Tabissa blêmit,
Comment ose-t-elle ?
Chimère… Ces êtres méprisables et violents,
Qui se délectent de la souffrance physique,
Qui déchiquètent leur proie…
Ils sont aveugles à la beauté de l’âme,
Ne savent pas jouir de l’esprit qui se tord en hurlant silencieusement,
Ces souffrances leurs sont invisibles et étrangères.


L’animal est blessé, il saigne abondamment. La voix fragile et lointaine de l’être s’était muée en un fouet brûlant qui lacérait son âme. Rejetée, trahie, encore et toujours...
Toujours, toujours la trahison vaincra. Mais ces mots elle les exècre, elle voudrait les détruire, qu’ils n’aient jamais existé ! Ils se dressent devant elle comme des pieux, et toujours elle s’empale sur eux et saigne. Leurs pointes acérées lui déchirent les entrailles, elle voudrait prendre la fuite. Où se réfugier quand tous les bras semblent la pousser vers ce champ de dards ?


Alors que le désespoir plane à nouveau au dessus de Tabissa, une voix lointaine semble désapprouver les mots prononcés… Prendre sa défense… Cependant le trouble enveloppe Tabissa, chaque parole dite lui est étrangère. Alors… quelqu’un trône au château ?
L’Ombre diaphane émet un sifflement… « Que l’espoir reste en toi ? »
Ses lèvres restent cependant closes, elle ne sait qui est cette femme à demi nue qui semble flotter au dessus de la neige. Et dont le grâce et la douceur de la voix ne semblent pas appartenir à cette vallée froide. Elle se tait lorsque la Grise s’enquiert des nouvelles du château. Le murmure de l’humain se faufile comme un intrus dans son oreille. Il lui semble bien audacieux, s'imagine-t-il qu'elle l'épargnera, qu'il a éveillé une once de pitié en elle ? Fous illusionistes que les humains, ils s'imaginent que leur orgueil les rend invincible alors qu'il cause parfois leur perte...


« Je crains que lorsqu’on vous tourne autour,
Cela éveille la colère de cette Ombre,
Sa langue s’envenime et crache,
Il faudrait lui apprendre que le silence est parfois d’or,
Ses paroles impardonnables n’ont pas été emporté par le vent,
Pour votre malheur…
N'oubliez pas de la blâmer quand j'en aurai fini avec vous...»


La Grise semble avoir stoppé le désespoir qui augmentait encore dans le cœur de Tabissa, et la réalité reprend ses droits. Elle profite du silence pour se glisser derrière Onénorelle. Elle ne lui tourne cependant pas autour, il n’y aucun espoir à prendre à une Ombre.

« Cet être vous a-t-il touché ?
Que vous me traitiez de chimère.
Tremblez-vous de peur ?
Epargné il ne le sera pas,
Si ma propre survie en dépend ma chère.
Gardez vos sournoises paroles,
Si ce n'est moi, une autre Ombre se plaira à le tourmenter
Certainement plus cruelle et vile que moi.
La vallée prend tout,
Trouble les esprits,
Met à nu les plus noires facettes de chacun d’entre nous.
Il est maintenant ma proie, et si vous vouliez le sauver,
Il fallait être plus leste,
Et se jeter à corps perdu sur lui.»


Elle retourne auprès de l’humain et recommence sa ronde infernale. Elle s’est rarement sentie aussi bien, elle sent la tension qui apesantit l'atmosphère et rend la froidure encore plus insupportable. Cela lui plaît de tourmenter une Ombre, c'est peu efficace mais sa protestation signifie qu'elle n'est pas au comble du désespoir... Pas encore... Si tourner autour de cet homme peut l'y plonger un peu plus, Tabissa s'en délectera. La traiter de chimère juste pour ce tas d'os qui bientôt ne sera plus qu'un animal tremblant et égaré ! Cependant, jamais elle ne le tuera, elle laisse cette besogne aux chimères… Elle glisse autour de l’homme comme un serpent, lorsqu’une femme à la chevelure de feu fait son entrée en scène. Une main tiède se pose sur l’épaule de Tabissa, un frisson la parcoure tout entière. C’est festin de roi aujourd’hui.

« Votre douce Mirahil ? »


Elle se tourne vers l’Ombre grise. Un sourire ironique se dessine sur les lèvres de l’Ombre blanche, la dame de glace de ces lieux. Ainsi dont cette humaine partage quelque chose d’intime avec la Grise. Quelle surprise inattendue !

« Me réservez vous un sort douloureux si je n’obéis pas ?
Tenterez-vous de m’empêcher d’accomplir ma triste besogne ?


Elle glisse son bras autour du cou de l’humain, en guise d’affront à l'Ombre protestataire, d’affront à la Rouge, cet homme est sa proie.

« Qu’ai-je à craindre ?
Et lui, un jour ou l’autre succombera, deviendra Ombre ou Chimère…
Si j’écorche son âme, ce spectacle vous sera invisible,
Peut-être percevrez-vous sa souffrance dans ses yeux,
Mais ne prétendez pas mes intentions si cruelles,
Je ne désire pas le tuer… »


[pas taper, pas taper]


Dernière édition par le Sam 10 Nov - 10:06, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Ven 9 Nov - 4:58

Laissez-le!... Je vous en prie laissez-le moi...! Si seulement elle pouvait leur dire, leur hurler, leur cracher son mépris des lois et des convenances, se rire des usages... Mais elle n'est rien... Faible, si faible... La fleur voudrait que son soleil vienne à elle, l'enlace, la réchauffe, embaume et illumine un peu son coeur d'or, lui permette de créer encore un peu de son parfum, un tout petit peu... pour embaumer sa vie.... Faible, si faible... Elle tombe, à genoux... Pitié, laissez-le moi... A tourner autour, dans votre ronde macabre et sordide, immonde, ignoble et hideuse, vous me cachez sa lumière, vous me privez de sa chaleur.... Mon bel espoir, mon tendre espoir. Sauras-tu percer les nuages et parvenir jusqu'à moi...? Elle n'aime pas agir comme elles... Non, je ne suis pas comme ça, ce n'est pas vrai... Et si, trop tard... Tu l'as entraîné dans ta chute, et les tènèbres cherchent maintenant à happer et ronger ton astre lumineux qui éblouit ton obscurité où n'existe plus ni jour ni nuit...

Faible, si faible, elle tremble, à genoux... Si elle savait... si elle savait que Xarha envie sa maigreur, son corps et son visage d'enfant androgyne, fragile, si fragile, sa pâleur... Que croit-elle cette idiote?! Que tout cela est un jeu, que cela lui plaît d'être si démunie, alors qu'elle devrait se montrer forte face à ces ennemis... tous ces ennemis... il y en a tant, ils sont partout... Même les arbres, même la neige... tout complote, tous concourent à sa perte... Non, tu dois être forte...

Faible, si faible... elle a besoin de ses bras pour la soutenir, la secourir, se réfugier dans ses rêves... elle est devenue plus intangible en ce monde brumeux, toujours plus diaphane, toujours plus éthérée... Elle n'est guère plus que la vision sous la pluie, au bord d'une route, sous le trottoir d'en face qui attend... qui attend car elle ne peut guère faire plus... car elle ne peut rien faire de plus. Rien... si inutile. Elle se dissout dans chaque goutte d'eau, sa conscience se fragmente et s'effiloche puis file, file.... comme un fil invisible, comme l'onde transparente, loin, si loin... inutile, elle ne peut pas le sauver, juste le voir se précipiter vers elle... ici il n'y a ni rue ni voitures... juste des mécaniques bien plus complexes, bien plus féroces, des enjeux où la vitesse est un moyen d'obtenir la victoire. Elle n'a pas été assez rapide, et voilà qu'une nouvelle fois il lui échappe... Orphée et Eurydice, il a fini par la rejoindre aux enfers... Elle, elle est celle qui attend... quand il convainc et ensorcelle les dieux, quand il la ramène, quand il voit les ténèbres la happer et se refermer sur elle, telles une bouche béante qui l'engloutit, un monstre qui l'avale, un monde opaque qui la rappelle à son joug et la dévore... Cela fait mal, si mal... Cela la ronge, au plus profond de ses entrailles, comme un foetus dégénéré qui croisse, trépigne, feule, la déchire, l'écartèle, la griffe, hurle et vagit dans son ventre stérile, comme la plainte du vent qui mugit et déracine les plantes à l'agonie d'une gaste terre à la luxuriance tombée dans l'oubli... Les limbes de ce désespoir qui la retiennent, qui l'ont enchaînée à cette vallée comme Prométhée à son rocher.... elle a voulu voler un peu de cet éclat aux hommes... leur reprendre Démétrius... le brasier qui la consumme... son tourment et sa délivrance...

Tant de femmes, si belles, si fortes, alors qu'elle n'est rien... Même cette rousse flamboyante ose s'affirmer, clamer que cette inconnue lui est chère, malgré le gouffre que la différence raciale aurait dû creuser entre elles... Elle est lâche, tellement lâche... elle préfère ne rien dire, qu'on l'oublie, faire semblant, traîtresse sournoise... Non, laissez-moi cette part d'ombre protectrice... Ombre je suis, ombre... je reste. Leurs mots la percent à jour, ils cherchent à pénétrer l'épais feuillage où repose sans bruit son enveloppe tourmentée qui ne trouve de repos que dans ce sommeil éveillé où Ils rêvent... Ils songent à un ailleurs, refont le monde, tacitement ne parlent pas de son impossibilité à elle de revenir quand lui le pourrait... Ne l'approche pas, ne le touche pas!!! A moi, il est à moi! A moi ma vie, à moi ma mort! Ses mains blafardes semblent se confondre dans la fadeur des cailloux, teintes spectrales sur fadeur grise et glacée... A genoux, elle ploie, servile et soumise face à la fatalité qui lui murmure sa pernicieuse mélodie et la hante, est toujours présente jusqu'à la moindre empreinte de pas sur ce sentier de vie où elle a laissé une si grande partie de son âme suppliciée... Cette bribe qui lui reste... Démétrius, oh, Démétrius... Elle relève la tête et le contemple. Il est si beau lui... elle en oublie le monde et la prudence, elle se noie dans ces prunelles comme ses doigts rendus presque à l'état de métacarpes osseux se laissent submerger par la caresse froide de l'eau gelée...

Il y a trop de paroles qui voltigent, trop d'émotions, de sensations qui se heurtent, s'entrechoquent... comment faire pour démêler les fils de toutes ces existences qui se croisent, s'accrochent, se mêlent... se perdent...
Perdue...
Elle est perdue...


"Pardonnez-moi... Je ne sais que répondre... Vos chants voltigent et créent une sombre symphonie... Mais l'on finit par s'égarer dans ses tumultueux méandres."

Mirahil... c'est ainsi qu'elle s'appelle?

"Néanmoins certains noms sonnent comme des repères... des cadences, tantôt suspensives, ou conclusives, parfaites ou rompues... Vincent va toujours bien, du moins ne prendrait-il le risque de montrer une quelconque faille ou faiblesse à... quelqu'un comme moi..."

*Une moins que rien... *

Sait-il seulement qu'elle existe, qu'elle évolue, dans le même manoir, cette solitaire qui redoute pourtant la solitude...? Celle que l'on ne désire pas, celle qui nous détruit lorsqu'elle est causée par une absence... Son absence...

Le reste est flou... juste des impressions fugitives... l'apaisement, l'espoir face à Mirahil et sa compagne _si ces deux femme, aussi improbable que cela puisse paraître, sont bien liées de la sorte_ la colère, la jalousie face à Tabissa... Et Démétrius qui la fait se sentir si impuissante... Tellement coupable... Il souffre, il est là par sa faute... par sa faute Tabissa rôde encore plus près de lui... Salope, immonde salope, qui elle n'est pas captive de ce visage hâve et émacié, trop belle catin qui frôle son bien-aimé, ose le toucher... Enlève tes griffes, tes mains sales de son corps, tu le souilles! Laissez-le! Laissez-le moi...! Pardonne-moi mon tendre amour...

Je ne suis rien...
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Mirahil
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Ven 9 Nov - 12:55

Mirahil entend les pas sur la neige, la démarche est si franche, la démarche est si sure, et bien avant que la voie ne parle la grise sait. La rouge est là, tout près d’elle, si prêt qu’elle pourrait la toucher, la prendre dans ses bras, mais cela elle se l’interdit. La grise a promis de ne plus faire mal, ne plus blesser et la roue qui s’avance si sure d’elle, si forte se blesse déjà à sa présence. S’en aller, disparaître et laisser les deux ombres et les deux humains. Ce serait simple, si simple …. La simplicité est impossible …
Déjà le destin est en marche, déjà la dame si belle, si sombre regarde la scène, prête à voir la mort et la haine naître entre les lignes de leur existence.


*Belle vallée, jolie vallée tu ne voit pas que dans cette bataille tu as déjà perdue. *

La grise reste silencieuse, attendant son tour peut-être, sa façon d’entrer dans cette danse dangereuse et de briser sa violence … Puis quand soudain elle prend la parole, elle s’approche d’Onénorelle à terre tout en parlant à Tabissa.

« Ombre, belle ombre sauvage, on se connaît tu sais ?
Le vent des fois avait ton odeur, les arbres ta marque …
Errante je ne t’ai jamais vu au château, sauvage pourtant tu laissais un sillage de désespoir. Et tu es vieille n’est ce pas ? Tu à au moins mon âge et bien plus encore si je n’ai su que voir ton ombre, ta silhouette des fois …
Fantôme qui nous laisse voir son visage et nous donne son nom, cesse ses enfantillages !
Une insulte en vaut bien une autre et si elle ta blessé, tu n’es pas celle qui en fut le plus toucher …
La nature ne t’a pas appris, T-Mary, pas suffisamment …
On ne touche pas aux autres pour faire mal à une femme, et si tu ne veux le tuer, tu ne peux non plus lui faire mal, pas par simple orgueil, pas alors qu’ici personne ne veut sa mort. »


La voix c’était faite enjôleuse puis sévère, restée sur un ton amical pourtant malgré les dernières paroles sèches et presque méprisantes.

« Tu veux retourner dans la château, soit ! Mais ce n’est pas en blessant des inconnues apeurées que tu te feras une place, belle ombre. Il ne faut jamais blesser une sœur !
Jamais …
Ou alors une ombre qui as trahie …
Un sort douloureux me dit vous ? Mais c’est vous qui vous aller blesser votre âme, votre cœur. La faim n’est pas dans votre ventre !
Douleur ? Ici tout le monde souffre quelque en soit la raison où le sens.
Vous blesser ne changeras rien, le sang ici ne signifie rien, et de me battre je n’ai envie. »



Sa voix était douce et calme. Mirahil se baissa et pris les mains de l’ombre a genou. La douleur si profonde de la femme la touchait, elle ne savait trop comment y réagir. Habitué à être l’être faible, elle se fondait dans sa détresse et si elle aurait pu pleurer, l’ombre grise aurait laisser ses larmes ravagées son visage.


« Quelqu’un comme vous ? Alors il ne me montrera rien non plus, ne vous méprenez pas Vincent est silencieux, mais Vincent n’est pas aveugle, ni sourd.
Qui que vous soyez votre présence ne lui a pas échapper... »


La grise a du mal a déclarer se mots, tendue, triste, elle semble bien fatiguée, bien faible en cet instant. Ses bras portent déjà la femme, la relève doucement pour ne pas la blesser. Délicate, elle s’imagine un visage triste et désespérée, doucement elle s’approche de son oreille et murmure.

« L’amour est terrible, l’amour est malédiction.
Il est si beau n’est pas !
Relève les yeux, affronte le destin …
Aime le sans chercher à le cacher, si tu ne le peux.
Mais ne laisse personne, personne, jamais ni te faire mal, ni te blesser, ni le blesser.
Soit belle, ombre, soit belle et reine sinon la vallée marchera sur toi et t’écrasera de son poids ….
Va donc reprendre ton du.
Mais plus jamais ne m’insulte, plus jamais n’insulte les chimères … »


Avant d’avoir à ce justifier la grise s’envole, disparaît quelque instants jusqu’à être tout près de la rouge.


« Alors mon oiseau, on viens affronter les ombres en espérant sa mort ?
Tu te souviens pas, la rouge, tu te souvient pas que c’est interdit sa ! »



Joueuse la grise ne semble pas voir la dureté de la scène, et la bourrasque de violence qu’un simple geste de Tabissa pourrait entraîner. Quand soudain elle murmure menaçante.


« Depuis quand la vallée a perverti ton âme au point de faire de toi un jouet ?
Depuis quand la douleur t’aveugle au point de blesser une sœur …
Pour une simple insulte, par un simple orgueil !
N’y a-t-il pas dans mes paroles déjà bien pire insulte que la sienne ?
Tu dois désormais te venger de moi et cela continuera longtemps comme cela, belle ombre ?
Laisse donc l’homme de l’ombre, le joyau de son âme, contrôle ta douleur et éloigne de toi le jeu de la vallée.
Je te croyais bien plus forte que cela, bien plus belle …
Plus sauvage aussi …
Tellement plus sauvage… »

La grise sombre dans ses rêves, sa folie reprend libre droit quelque instant de son corps. Puis elle reprend ses esprits.

« Viens donc m’affronter si ainsi est ton jeu !
J’ai trahi moi, tu peux me blesser …

Si tu veux jouer à sa … »

_________________
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau


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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Ven 9 Nov - 19:14

La blanche peu scrupuleuse s’enflammait, sa jubilation était presque palpable. Perspicace, elle avait rapidement deviné qu’il existait un lien entre Onénorelle et lui. Dès lors et au vu des circonstances, Démétrius comprit instinctivement que dorénavant ce secret n’aurait plus lieu d’être.
Son corps était froid, son âme gelée. A l’intérieur, il se sentait glisser peu à peu mais son apparence restait inchangée : immobile, silencieux et digne. Même le curieux manège de l’anguille blanche n’avait su le perturber, même son attaque peu nuancée envers Onenorelle semblait le laisser de marbre.

Mais en réalité, à l’intérieur c’était le déchirement. La douleur, le doute, le dégoût. La vanité de ce monde lui apparaissait alors, bien plus forte encore, écrasante. Ne restait que le cauchemar, un monde sans vie, sans été, sans espoir. Les pourquoi se bousculaient dans sa tête, pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Puis lentement disparaissaient un à un dans le néant, si vide, ce gouffre noir et béant qui aspirait tout sans relâche, sans pitié. Le destructeur.
L’arrivée de la chaotique rouge ramena le jeune fou à la réalité quelques instants. Un autre humain ? Elle sembla prendre sa défense mais à quoi bon ? A quoi bon vivre, à quoi bon lutter ? Ce monde est vicié, terre des loups. Ils rodent partout, autour de nous, autour de moi.


« Qu’ai-je à craindre ?
Et lui, un jour ou l’autre succombera, deviendra Ombre ou Chimère…
Si j’écorche son âme, ce spectacle vous sera invisible,
Peut-être percevrez-vous sa souffrance dans ses yeux,
Mais ne prétendez pas mes intentions si cruelles,
Je ne désire pas le tuer… »


La voix de la blanche s’était élevée, triomphante. Un bras fin, glacial, s’était enroulé autour de son cou frêle. Peau contre peau, plus froide encore que sa propre chair transie !? La nausée puis encore le dégoût.
Mais Démétrius semblait loin, beaucoup trop loin pour réagir. Indifférent, il contemplait son aimée : sa souffrance et sa détresse profonde. A quoi songeait-elle ? Ah, cela n’avait plus d’importance, pourquoi s’en soucier ? …Pourquoi ? Un autre pourquoi ? Gloups ! Le gouffre noir l’avait avalé, digéré. Fini.

Mais à l’autre bout de l’univers, dans l’obscurité grise, parmi les débris et les bribes de souvenirs, l’égaré retrouvait enfin deux morceaux de son étoile. Etrange comme ils brillaient, sombre aura, à la fois mélancolique et belle. Hypnotisé, Démétrius n’arrivait plus à détacher son regard des précieuses pierres dont l’éclat passait soudain du sombre au rouge en moins de quelques instants. Les yeux d’Onénorelle plongés dans les siens semblaient lui parler : « pardonne moi, je ne suis rien. »

Soudain, une vague de colère immense s’éleva, renversant tout sur son passage. Alors, l’esprit embrumé se réveilla, brusquement, douloureusement. Démétrius saisit fermement le bras autour de son cou, pivota sur lui-même puis gifla férocement l’ombre blanche, avant que celle-ci n’aie le temps de disparaître à nouveau.


-Capricieuse… ! Orgueilleuse… ! Lâche… !


Avec peine, il reprit son souffle puis s’adressa de nouveau à celle qu’il venait de frapper sans ménagement :
-…L’ombre qui ne supporte guère qu’on la traite de chimère mais qui adopte, à plus qu’un titre, le comportement d’une bête. …ne prenez surtout pas la vallée pour excuse ni même cette injure qui vous a été portée, vous êtes ce que vous êtes, prédatrice !

Son regard croisa le sien mais cette fois il refoula la pitié qu’il ressentait d’ordinaire à la vue des gens qui souffrent : Tabissa était impardonnable, impardonnable de s’être attaquée à Onénorelle. Pale et légèrement cerné, il était redevenu le beau Démétrius, le meurtri, l’incompris qui lutte envers et contre tout. La rébellion animait son être, ce corps fatigué, trop fragilisé par les assauts de l’ombre.
Mais blessé ou non, un félin reste un félin. Agile, il glissa sur ses genoux, à terre, auprès de son amante trop longtemps abandonnée. Mais étrangement, la colère brillait encore dans les yeux du jeune musicien, une colère sombre, tacite, contenue. Les poings serrés, il semblait prêt à user de violence, encore.

En réalité, les mots lui manquaient.

Presque immédiatement, ses bras s’enroulèrent autour du frêle corps de son amante : il la serrait contre son cœur. Protecteur, fou, amoureux, inquiet, Démétrius respirait son parfum : elle était bien réelle, comment aurait-il pu l’oublier ?


-…Partons, partons d’ici ensemble… !
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Xarha
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Ven 9 Nov - 22:59




Oh oui, comme elle goûte à ce sombre spectacle la Rouge ! La faiblesse vacillante et le désespoir lancinant, comme il lui baume le cœur d’une douce musique : enfin, enfin elle n’est plus seule, plus seule à s’effondrer sur le sol, plus seule à s’accrocher sans raison, avec la rigidité d’un cadavre à quelque idée folle !

Qu’est-ce que c’est beau !
C’est beau et le monde tournoie !


Comme avant – tu te rappelles ? – avant ! – ta silhouette, la mienne, les flocons de neige - AVANT ! – et ses yeux glaciers aux couleur d’océan… - et après ? - …la haine – mais encore ? – la colère – et ? – la rage de vivre – puis ? – tordue, je suis tordue – mais ça tout le monde le sait ! – et ma faiblesse béante – qui ne l’aura pas vu ? – quand nous blêmissions de rouge – c’est si commun – tu ne savais plus pleurer, je l’ai fait pour vous – et alors ? – j’étais si… impuissante…. – mais ? – je ne suis pas une héroïne, à peine digne de quelques lignes - ….c’est vrai – mais quel fou viendrait écrire pour moi ? - ….. – j’ai blessé les autres. Mes frères. - ….. – j’ai léché la botte de la Vallée non ? – non…. – regarde cette Ombre, comme elle est faible - …. – ne te fait-elle pas penser à quelqu’un ? - …. – on pourrait casser ses os rien qu’à les regarder - …. – lui sucer la moelle et faire sauter son cerveau si l’envie nous en prenait – je ne sais pas … - je sais bien que tu ne sais pas abrutie ! sinon pourquoi serais-je là ? – laisse-moi… - je me suis toujours inclinée, inclinée aux normes anarchistes, inclinée au désordre de la ville, inclinée devant le chaos, inclinée devant EUX – C’est faux ! – j’ai été faible. – Non ! – faible et je me croyais forte – et les cris !!! C’était avant !! – tu te rappelles ?... – quoi ? – la mort. La mienne. – …non, je ne me rappelle pas, je ne me souviens que des cris ! Des cris !
Et du gling gling !
Le gling gling du grelot qui grelotte tremblotant et plus explose en feu d’artifices !
- elles étaient belles ces flammes…elles avaient un goût de cendres et de souffre. Elles ont disparu maintenant…


Et moi, si je dois disparaître ?
Disparais !
Et si les routes s’effondrent !
Sous tes pieds !
Petite souillon, où as-tu mis tes chaussons ? Et ton balai et ta serpillière, qu’en as-tu fait ?
Mauvaise ménagère !
Regarde, il reste encore de la graisse, sur tes doigts embrumés de lipides saturés ! Nettoyez, nettoyez, il faut nettoyer…

Petite Ombre à genoux, petite Cendrillon minuscule, ménagère malchanceuse, cette Ombre toute étroite – mais comment elle fait quand elle veut respirer ? Est-ce que son cœur ne va pas exploser dans cette cage humaine ? Il doit être petit le pauvre, il a loué le mauvais logement. Il s’est fait baisé le ridicule organe ! – est-ce que cet homme l’aime, vraiment, de cet amour inhumain qui rapproche les êtres et connecte les consciences jusqu’à rendre fous ? Est-ce que ça, d’aimer quelqu’un ? Est-ce que c’est se mettre à genoux, les yeux larmoyants, demande de mariage d’un genre nouveau ?
Elle ne sait pas, elle n’est pas sûre. Mais elle trouve ça si charmant ! La princesse et le prince, et leur royaume de neige ! Oui, oui, c’est une belle histoire, admirablement gâchée par le maestro de l’autre Ombre inconnue et virevoltante, aux paroles bien acides et cruelles.
Vilaine Ombre, la Rouge l’aime bien au fond cette cruelle mégère. Non, vraiment, elle a de l’appoint, de la classe, elle sait parler et démontrer, se moquer et rabaisser.

Et puis il y a la Grise qui se rapproche d’elle. La Rouge sait qu’elle la trouvera dans le noir – comment sous-estimer l’Aveugle qui titube dans le noir là où d’autres s’y risquent à peine ?


- Interdit ! Interdit, Mirahil ? J’emmerde ceux qui interdisent !
C’est tellement, tellement plus drôle de jouer hors limite…Alhem.



Beaucoup de paroles s’ensuivent, beaucoup de paroles se retissent tandis qu’elle ronge la tapisserie comme un ver dans une pomme. Comme elle gâche bien le tableau, elle, la face blafarde et les yeux azur aussi doux que la première gelée d’hiver !
Et puis, le bruit d’une gifle. Oui, oui, c’était ça ! C’était ça qui lui manquait pour revenir parmi elles, pour tâcher de nouveau la beauté de leur discussion et de leur rancœur profonde !
Le bel humain, il n’est pas bête lui, et déjà l’inconstant se montre violent ! Il serre les poings, voyez ça !
Frappe-la !

Frappe !.....



Parce que cette pute a déchiré le cœur de cet androgyne squelettique et qu’elle a osé provoquer la colère de la Grise !
Se défouler, juste quelques secondes…
Cette pute, cette pute, fous lui la raclée qu'elle mérite et écrase sa tête sur le bitume d'où elle a été crachée !


Qu’elle se sent désemparée quand il se retourne pour réfugier cette Ombre aimante dans ses bras ; c’est triste, c’est beau, ça lui ouvre le cœur et l’esprit de haut en bas et de gauche à droite…ça l'ouvre tout en entier, coupure maxime sans point de sutures !

Elle profite de cet instant pour resserrer sa poigne sur l’épaule de l’Ombre. Elle soupire, gravement, et lui répond, même s’il est un peu tard pour ça.


- Te faire du mal Ombre ? Et pourquoi pas après tout ?
Je ne serais pas la première, ni la dernière.
Je me trompe ?


Pourtant, pourtant sa main se fait douce et elle la pose sur la joue rougie par la gifle, presque réconfortante. Le contact glacé ? ça ne lui fait plus rien, elle est habituée à cette froideur sur la peau des Ombres…

Et puis soudain, une phrase de trop.
Partir ?...


Oh non !
Elle se retourne, vivement, et feule de colère, feule de rage, blessée au cœur ! Est-ce comme ça qu’on la remercie ? La privera-t-on déjà de cette charmante compagnie ?
Enfin, c’est pas parce que cette Ombre famélique s’est écroulée qu’il faut arrêter le spectacle !... elle peut quand même se relever, et s’il le faut eh bien elle restera larvaire ! Mais s’ils partent, s’ils partent, toute l’attention sera fixée sur eux !
Et encore une fois, la Rouge sera effacée, oubliée, mise aux cachots !


- Partir ?
Partir !
Comment peux-tu…
Et partir où ! Personne ne vous acceptera à part nous ! Non, non, restez un peu, on était bien ensemble …. !
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Tabissa
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Sam 10 Nov - 17:07

Les premiers instants la Blanche éprouva un plaisir délicieux. Cette Ombre faible, si faible prostrée sur le sol sans aucune dignité, et qui sombre dans la noirceur du désespoir à une vitesse vertigineuse. Ses grands yeux rouges se désemplissent, et Tabissa aspire avidement les précieux sentiments qui s’échappent. Ses pas se font plus léger et le désespoir grandissant de sa victime l’enivre. La volupté… Émotion interdite aux Ombres. Crève triste et désemparée jolie Ombre Blanche, crois-tu que tu vaincras la Vallée, crois-tu qu’elle te laissera doucement glisser dans la jouissance, crois-tu qu’elle laissera la plaisir te submerger ? Ton esprit s’envoler ? Pauvre imbécile, ses doigts crochus se plantent profondément dans le dos du Plaisir qui se précipite vers toi et incisent profondément sa chair, elle se délecte du sang qui coule, elle rappelle à elle l’enfant insolent qui a cru pouvoir se jouer impunément d’elle. Elle le punit sauvagement, quant à toi audacieuse et inconsciente Ombre, souffre de le voir se dérober, souffre de voir disparaître son adorable silhouette derrière l’horizon. Tiens voilà pour ta peine.

Les mots acerbes de la Grise s’abattent sur elle comme des prédateurs sur leur proie, ils plantent leur griffe dans sa peau, la lacèrent, la déchirent, l’écorchent, la mordent avec férocité. Leurs crocs incisent sa chair, l’arrachent, la dévorent…Un rictus cynique déforme ses lèvres. L’insulte proférée est une trahison, son comportement à l’égard des humains est une trahison. S’apitoyer sur le sort de ces êtres, plus encore faire de son corps, de son esprit leur défense, n’est-ce pas la suprême trahison ? Alors cette ombre l'a trahi, et elle mérite sa rancoeur ! Un jouet ? Peut-être…Peut-être sans s’en rendre compte Tabissa obéit-elle à la volonté du lieu. Peut-être est-elle esclave, pantin désarticulé, avec ses yeux sans vie, ses pensées obscures et faibles, elle ploie face à toutes les épreuves qui entravent son chemin. S’est-elle soumise ?


*non… Non… NoN, NON !*

Elle s’apprête à cracher, son esprit torturé esquisse des paroles acides. Cracher à la figure de cette folle qui s’est fait son ennemie. Ses lèvres s’entrouvrent, la gifle fend l’air et s’abat…La douleur la brûle.

-Capricieuse… ! Orgueilleuse… ! Lâche… !

L’intensité de la colère que ressent Demetrius fait trembler sa voix. Prédatrice… Prédatrice… Animal arrogant et méprisable… Pauvre Ombre si troublée que sa douleur fait valser sa raison et l’entraîne dans une danse violente et enragée. Son cavalier l’emporte dans un enchaînement de pas effrénés et incontrôlés. Elle laisse la musique la dominer, dangereuse et envoûtante musique… Le rythme est trop soutenu pour qu’une âme en perdition puisse suivre la cadence. Le son effilé et versatile des violons rend folles ses pensées. Elles tourbillonnent, se heurtent, se brutalisent, se réduisent en lambeaux. La voix pernicieuse de la Rouge résonne, rebondit contre les parois du crâne de Tabissa. Ses paroles sont emprisonnées et hurlent, toujours plus fort, toujours plus tranchantes, toujours plus cyniques. Qui est cette femme qui se délecte de sa douleur ? Le contact de ses doigts sur sa joue anime en elle de la rage. Il la dégoûte, l'écoeure, elle frissonne. Elle voudrait se dégager mais n'en a pas la force. Chimère… Cette colère affamée qui s’étend et réclame la vengeance… Sentiment de chimère… Que se passe-t-il ?

* Victime… Jouet…Jouet de la vallée… Jouet des Ombres… Jouet des humains…Jouet de la souffrance… Jouet de la douleur… Jouet de la rage… Jouet de la colère… Jouet du désespoir…Jouet des mots…*

Un rire de fou s’échappe de la bouche de Tabissa. Un rire nerveux, triste, plaintif, douloureux, mais un rire ignoble, odieux, antipathique, insupportable, horripilant…Cette humaine est le prédateur… Plus dangereuse qu’une Ombre ou qu’une Chimère parce que tout aussi torturée, mais animée d’un espoir qui semble se nourrir de lui-même, à la fois puissant et fragile. Vicieuse, folle et mal intentionnée. La peur naît dans les entrailles de l’Ombre Blanche, peur qu’elle lui fasse du mal. Elle rejette son désespoir, elle ne veut plus souffrir… Elle ne veut plus avoir mal. La forêt était un refuge, la compagnie des bêtes semble maintenant agréable à côté de celle de ces gens. Les mots sont plus traîtres que les crocs, les regards plus incisifs que les griffes.

* Si ! Qu’ils partent ! Qu’ils fuient ! Que les chimères se chargent de les bouffer ! Que la vallée engloutisse leur amour… Les réduise en cendre… *

A sa colère qui semblait inextinguible et à sa plainte intérieure désespérée, succède un calme intérieur mystérieux. Ses mains sont enfouies sous la neige gelée, ses longs cheveux traînent dans la poudre blanche et masquent son visage à la vue des autres. Ses genoux à elle aussi, ont ployé sous le poids de ses sentiments. Lâche, elle l’est certainement, elle voudrait fuir. Comme avant… Mais tous ces mots qui l'ont blessé, elle ne peut les laisser s'éteindre doucement, s'effacer des mémoires jusqu'à être mis en doute. Ment-elle, a-t-elle inventé perversement ces injures ? Ses premières paroles, presque un murmure sont destinées à la Rouge.

« L’Ombre est l’incarnation du désespoir,
Nous sommes son jouet,
Nous existons pour souffrir et faire souffrir. »


Sa voix se fait plus dure et plus forte.

« Tourmenter par orgueil ?
Pourquoi ne le pourrais-je pas ?
Des lois régissent la Vallée ?
Depuis quand s’en encombre-t-elle, je ne le savais pas !
La nature de cette vallée est pervertie,
Elle n’évoque que souvenirs douloureux,
Elle ne provoque que désespoir,
Comment cet endroit pourrait-il enseigner la sagesse ?
Comment pourrait-il faire renaître une conscience perdue ?
Et l’esprit sauvage n’est-il pas capricieux ?
La beauté que perçoivent tes yeux aveugles brille par son inconstance, pauvre Ombre.
Le ressentiment est-il chose étrange à vos yeux ?
L’amour ne confère pas à son porteur des droits incontestables !
Et je ne pouvais deviner le fil ténu qui relie l’Ombre et l’humain !
Quant à vous, inconscients amants !
Qu’espérez vous de la Vallée pour oser vous aimer ? »


L’Ombre se relève et détourne son visage vers la forêt qui l’attire irrésistiblement.
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Dim 2 Déc - 2:24

Tant d'amour, tant de rage, tant de haine...
Et elle dans tout cela, qu'est-elle...? Oh, pitié, oubliez-moi, laissez-moi partir avec l'eau fuyante, m'endormir dans son murmure. Mais non, vit! Vit, fleur de soleil, pâle astre nébuleux à l'ombre tissée de fils de soie et d'argent, resplendit aux côtés de cet amant dont la course a rattrapé ton errance au-delà le monde, au-delà le ciel, dans ce vaste univers où jusqu'à présent tu n'étais qu'un triste miroire sans reflet... Devenez éclipse, cachez votre amour trop brillant à la face de cette vallée, faîtes-lui paraître sombres vos rayons pour mieux en jouir, égoïstes, pour vous-mêmes. Oh oui, partons loin d'ici mon tendre ami, mon doux amant... Mais à qui sont ces bras qui la retiennent, ces mots qui la heurtent, l'enserrent... la brisent? A qui toutes ces mélodies contraires, ce grand vertige...? Eloigne-toi de ces coupes de fiel qui te déversent leur amertume et leur bile incertaine qui cherche, méandres poisseux en ce sein blafard un chemin sinueux pour contourner ses remparts, glisser sous les murailles, envahir les égoûts puis la cité, se déverser jusqu'aux pavés alors que les entrailles de ce Titan minéral laissent confluer leur fange qui au désespoir mêle leur colère...

Laissez-moi rêver...
Laissez-moi espérer...
Entrevoir encore un peu, juste une dernière fois, juste le temps de me perdre, une ultime fois... pour l'éternité... les lointaines cités où le vent mélodieux dépose sur le pavé rutilant des roses au rouge veiné d'éclats blanchissants, des fontaines où la nymphes mêle sa chevelure blonde au murmure secret de l'onde, des tours dont l'immensité neigeuse se mêle aux confins du ciel, des ponts au marbre taillé sous les doigts habiles d'une Arachnée sculpteuse pour entremêler en un ballet de pierre immobile et figé ces hauteurs vertigineuses... laissez-moi rêver les fées dans la forêt d'émeraude et d'agathe qui ont fait de mon esprit le changelin perdu au milieu des hommes, les tisseuses qui en liant les fils de magie m'ont tissé une prison de songes pour mieux échapper, plus libre, à la mort qui m'attendait au-dehors, ce triste caveau... Laissez Obéron presser sur mes paupières fermées par le Sommeil, attendri devant mon regard alangui, la fleur d'amour touchée par la flèche de Cupidon et qu'au réveil seul reste...

Démétrius!
Il vient, il la relève, cette lointaine soeur, cette Eloa qui espère le pardon du ciel lors même qu'elle a cédé en écoutant le chant pernicieux du diable! Dans leur lumière éteinte par les ténèbres ambiantes de cette vivante tourmente, fournaise d'enfer, braises de haine et d'espérances qui dans leur agonie se muent en une fatale rancoeur, ils parcourent dans un vol maladroit et pourtant sublime ces gastes terres d'exil. Oh, ce sont deux enfants! Deux enfants qui pourtant s'aiment et s'adorent, quand l'autre est devenu l'étincelle de notre vie, le dernier lien qui rattache la lueur vacillante à la bougie lorsque le vent alentour mugit et cherche à les entraîner vers la mort.

Démétrius... Sauve-nous!

Non, il a déjà tant fait, tant sacrifié pour toi, ingrate! Oh, comme tu es faible, comme tu trembles sous les rafales de cet amour qui dans sa danse effrénée t'emporte en tourbillons frénétiques ainsi qu'une feuille morte... Bats-toi! Relève-toi! Quitte à mourir, autant que ce soit pour lui! Elle a tellement raison, cette Ombre, elle a si bien compris... "si tu ne peux le cacher..." Oh, mon dieu, comment cacher tel émoi quand il devient maître de votre corps et votre âme?


"Ne fuyons pas mon Amour. Qu'enfin il éclate à la face de ce lugubre jour. Que cette lumière se rit de la lueur macabre de ce sombre ciel aux mornes nuages qui s'évaporent en traînées comme les toiles béantes et trouées des voiles fracassées dont se jouent l'orage et la marée..."
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Mirahil
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MessageSujet: Re: Quête éperdue   Dim 2 Déc - 15:16



"- Interdit ! Interdit, Mirahil ? J’emmerde ceux qui interdisent !
C’est tellement, tellement plus drôle de jouer hors limite…Alhem. "

"Hors limite, nous le sommes déjà, mon oiseau ...
Si loin que même nos soeurs ne nous reconnaissent plus ...
mais même dans le chaos il faut des interdictions ...
SInon c'est la fin de l'anarchie ... "



Mirahil déjà en veut à Xarha d'avoir prononcer ses mots qui blessent. Bien sur l'attaque comme les blessures restera bien cachée, à l'abris du regard de ceux qui sont là et qui ne savent pas... La rouge n'avais pas le droit de prononcer ce nom, comme cela, pour blesser, pour juger aussi.
Alhem ...
Alhem ...
Et si l'on lui offrais son rêve ...
Et si elle cessait de rêver ....
Non ce n'est pas possible ...
Peut-être ....
Peut-être en fait, elle est si fragile la grise en habit de prostituée qui essaie de lier l'alliance, si fragile et si idiote ... ce n'est pas si simple, comment pourrait-elle faire de toute facon ? Comment pourrait-elle vivre, sans la peur des hommes ? et déjà elle ressent sa faiblesse, le problème de son choix, les simples rapines, les simples peurs dpnt elle n'est pas l'origine et qui ne lui suffisent pas .... pas suffisament en tout cas ... Même si pour l'instant elle n'en souffre pas.

L'ombre blanche tombe a terre, ses cheveux forment un dome au-dessus d'elle et la grise voit déjà qu'elle a gagner, que plus rien n'empechera l'amour entre ses deux êtres pleins d'innocents, aussi fragile qu'un flocon dans ses cheveux.
Pourtant elle n'en tire aucune fierté, même une légère honte. C'est si facile de faire mal, de brûler, d'incendier une âme et puis, et puis elle ne sait que trop le faire Mirahil, ses mots sont des dents pointues qui déchirent tout doucement même quand elle veut faire naître du bien dans son coeur ...
Elle n'a pas de coeur ou alors si faible, si lâche ...


"Oui des loies, celles qui signent l'anarchie, la guerre. ni plus ni moins que toutes ses illusions qui font mal, qui font du bien aussi.
Mais la vallée n'est pas si laide, toi qui a vécu dans l'ombre des arbres, tu le sais ...
C'est ce qu'elle veut faire de nous ...
Pourquoi un pion ? Je ne veux pas ...
Pas pour elle ....
Et puis elle ne m'a pas donné le choix
Peut-être qu'elle te l'offrira mais je ne le crois pas, la vallée n'est pas comme cela ....
Elle aime tellement la souffrance, elle s'en nourrit il n'y a nul doute sur ceci ....
Ne joue pas, tu savais, les liens d'amour sont si simple a percevoir sinon pourquoi te venger de l'ombre en blessant l'humain ?"



Elle se tait, le jeu n'est pas égale cela ne lui plait pas.
Alors elle l'égalise à a facon, maladroite peut-être.




"Tu me deteste déjà, mais tu ne comprend pas, pas encore ...
Pourquoi une ombre ne veut la mort d'un homme ?
Tu me haira bientôt, je te laisse la violence de ton choc, de ta surprise.
J'aurais aimer vagabonder pourtant dans les détours de cette vallée, explorer les parcelles, les profondeurs ...
Ma soeur ...
Liens de race sans liens de coeur, s'en est terrible ...
Cela fait quelques temps que les ombres ne sont plus se qu'elles étaient ...."


*Vincent, Vincent mon frère de meute, mon maître, mon existence ...
Tu étais ...
Qu'es-tu desormais ?
Un souvenir dans mon âme qui se lamente, une colère qui se reveille.
J'ai tellement peur, mon frère.
Tellement peur de ce que j'ai fait ...
J'ai oser briser quelque chose en toi, la louve s'en est allé.
Bien infidèle, bien mordante.
ELle est parti ne laissant qu'une trace de sang, j'aurais aimer être sur que tu ne la sente pas.
Cette petite blessure que je t'ai infligé, hélas elle fut l'ouragan qui secoua ton âme...
Juste un intant ...
Une louve ne quitte pas ...
Je ne merite pas d'être louve, comme je ne t'ai pas mérité, mon frère.*


"Je crois en la nature, je crois en ces droits en ces dveoirs.
Je crois en sa menace profonde, je crois en sa violence.
Je l'admire, je l'aime.
Mais pourquoi devrais-je n'être qu'un pion alors que je pourrais être libre ?"



ELle sourit tristement à l'ombre blanche, s'approche de son oiseau. Le couple s'aime, le couple se mord déjà, il se fera mal.
ELle aimerait pleurer pour eux, ils lui rapellent tellement ses soucis.



*Je ne suis qu'une folle dans un habit de pute qui rêve d'une existence.
Folle je le suis.
Pute je n'ai jamais cessé de l'être.
Rêveuse hélas.
Sans existence surtout.*



Elle a mal alors elle se tait. L'ombre attend que son oiseau guide sa destination, perdue, silencieuse elle rete.
Rêveuse elle croit en des choses interdites.
Maudite par ses rêves elle menace de s'écrouler.
Elle ne s'écroulera pas ...
Pas tout de suite ...

_________________
Que ce soit dans la nuit et dans la solitude,
Que ce soit dans la rue et dans la multitude,
Son fantôme dans l'air danse comme un flambeau


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